Ce matin, je prenais la route vers Mzouda pour une mission bien concrète. Une intervention de terrain, dans le cadre de CESAR II, auprès de femmes et d’hommes engagés dans les métiers de l’eau, de l’assainissement, de l’artisanat et de la transmission locale. Une journée de travail, de formation et d’écoute. Rien de symbolique au départ. Juste le réel, la route, le temps.
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La traversée dit toujours quelque chose d’un territoire.
Sur près d’1h30, les paysages de la région Marrakech-Safi se succèdent, vastes, contrastés, parfois rudes. Des terres qui vivent au rythme des saisons, des attentes, des silences. Des communes rurales plus discrètes, moins racontées, mais profondément vivantes. Ici, tout dépend de l’eau, de sa rareté comme de sa venue.
Et ce matin-là, l’eau était là.
La pluie a cette étrange intelligence de ne rien demander.
Elle descend, rencontre le sol, s’infiltre lentement, comme si elle savait exactement où aller. Elle ne force pas les racines. Elle les invite. Elle touche la terre là où elle a tenu trop longtemps sans eau et lui rappelle qu’elle n’était pas morte, seulement patiente. En la regardant tomber, je me suis dit que le vivant fonctionne souvent ainsi. Non par la force, mais par la justesse.
À Mzouda, cette pluie entrait naturellement en résonance avec CESAR II. Un programme dédié aux métiers de l’eau et de l’assainissement, pensé pour créer de l’emploi, structurer des TPME, accompagner des trajectoires et redonner de la perspective à des territoires qui vivent au plus près des éléments. Aujourd’hui, j’y intervenais comme coach Digital & Storytelling. Non pas pour transmettre des recettes, mais pour aider à faire émerger, à structurer, à rendre lisible ce qui existe déjà.
C’est là que la philosophie a rejoint le terrain, sans effort.
Socrate appelait cela la maïeutique. Non pas enseigner, mais aider à accoucher. Faire émerger ce qui est déjà là, enfoui sous l’habitude, la retenue ou le silence. Ce matin, je l’ai vue à l’œuvre. En faisant parler les ventres de mémoire, les histoires sont sorties. Même L’Haj, vers la fin, nous a surpris par tout ce qu’il portait encore de l’histoire de la poterie de Mzouda. Rien n’était oublié. Tout attendait un espace pour être dit.
Dans la salle, il n’y avait ni posture héroïque ni promesse tapageuse. Il y avait des regards attentifs, des échanges sobres, et une forme de fraternité silencieuse entre celles et ceux qui apprennent, entreprennent et tiennent malgré les crises. Comme la pluie, le travail avançait sans bruit, mais en profondeur.
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Cette journée m’a aussi parlé plus intimement.
J’ai connu ma propre saison sèche. Un marasme intérieur, discret, sans effondrement spectaculaire. Et puis quelque chose est revenu. Pas une théorie. Une pulsion. Une impulsion vitale. Une inspiration qui pousse à nouveau. Une amitié qui tient droit. Une fraternité qui soutient. Et cette décision claire de me recentrer, de me donner du temps, tout en laissant l’espace nécessaire à ce qui rend profondément vivant.
Je veux remercier EBF. Une organisation que je ne mène plus seul, mais qui me mène aussi. Qui nous mène collectivement vers des expériences singulières, exigeantes, profondément humaines. Ici, ce sont les équipes, le terrain et le sens qui prennent la tête, et c’est exactement ainsi que les choses avancent.
Je veux remercier la Coopération allemande, la GIZ, qui nous honore par ce type de défis. Des challenges qui ne cherchent pas l’effet, mais l’impact. Qui font confiance à l’intelligence des territoires et à la dignité des parcours.
Et enfin, je remercie le ciel.
Pour la pluie venue après le silence.
Pour ce rappel discret que même après les saisons les plus sèches, le vivant n’abandonne jamais vraiment.
CESAR II, ce matin, ce n’était pas seulement un programme.
C’était une leçon sans tableau.
Quand on crée les conditions, quand on écoute vraiment, quand on laisse émerger sans forcer, la résilience cesse d’être un mot.
Parfois, il suffit d’une pluie juste.
